Dans ma famille, j'ai été la première à faire des études universitaires et ai souvent été l'objet "d'admiration" ou du moins de curiosité. La seule à lire, la seule à aimer étudier pendant des années (aujourd'hui, de nouvelles petites cousines heureusement cultivent aussi ces goûts). Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, je me sentais peu intelligente ou du moins décalée par rapport à ces autres familles où lire, écouter de la musique, parler de thèmes sociaux ou politiques était normale. Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, j'ai eu ce sentiment d'infériorité qui m'a poussé à faire attention aux mots que j'employais, au ton utilisé, à ne pas être naturelle en somme. D'autant plus que je viens d'un village, de grands-parents agriculteurs du côté paternel et maternel, parlant une sorte de patois avec des sons gutturaux prononcés.

Et puis l'autre jour, j'ai lu cette réflexion de Brel qui m'a fait tellement de bien :

"[...] J'ai dû travailler beaucoup pour ça, bien évidemment parce que je suis convaincu d'une chose : le talent ça n'existe pas. Le talent c'est avoir l'envie de faire quelque chose. Je prétends qu'un homme qui rêve tout d'un coup qu'il a envie de manger un homard, il a le talent, à ce moment-là, dans l'instant, pour manger convenablement un homard, pour le savourer. Et je crois qu'avoir envie de réaliser un rêve, c'est le talent. Tout le restant c'est de la sueur. C'est de la transpiration. C'est de la discipline. Je suis sûr de ça. L'art, moi je ne sais pas ce que c'est. Les artistes, je connais pas. Je crois qu'il y a des gens qui travaillent à quelque chose. Et qui travaillent avec une grande énergie finalement. L'accident de la nature, je n'y crois pas. Pratiquement pas. »

Quel soulagement en lisant ces mots d'un artiste que j'admire beaucoup. Moi, qui a tant et tant travaillé, admirant ceux pour qui, il me semblait que tout était plus facile. Lui, l'artiste, me dit que finalement, le travail est le plus important, et qu'on ne naît pas forcément étoile.

En lisant ces mots, j'aurais aimé l'embrasser sur les deux joues. Un poids bien logé dans mon cœur, mon esprit et mon ventre s'est désagrégé.