Des idées de billets j'en ai eu plein la tête, mais trop de choses avaient lieu pour avoir le temps de les poser. D'abord, nous avons eu des visiteurs du 15 juillet jusqu'au 10 septembre de façon non-stop, et quand je dis non-stop c'est pour de vrai (genre ramener à l'aéroport des amis à 14h et venir chercher de la famille à 16h). Voilà, ça a été comme ça tout l'été. La maison a été "occupée" par des Suisses, Russes, Finlandais et Français.

Ma nièce de 17 ans est venue un mois. Des idées de billets, oui, j'en ai eu, lorsque moi aussi je retrouvais mes 17 ans et plongeais avec elle depuis les rochers, lorsque l'on riait pour un oui ou par non ou, lorsque j'ai découvert qu'elle fumait en cachette à la maison et n'ai pas su lui en parler. Les mots, comme souvent, se bloquant dans ma gorge pour aborder un sujet pourtant pas si grave ni compliqué que ça.

Des idées de billets, j'en ai eu, lorsque notre amie russe faisait de l'aquarelle sous le porche, lorsque je pestais parce qu'elle ne m'aidait pas du tout, mais qui pourtant, en faisant moi-même un effort pour ne pas toujours vouloir tout contrôler, elle s'est d'elle même mise à cuisiner. Elle qui, surtout, m'a recommandé tant de livres à lire, elle qui a une si belle sensibilité.

J'ai tellement appris sur moi-même, sur le monde avec tous ces passages.

Et puis, un test réussi, et me voilà à vivre dans la Grosse pomme juteuse et tentante jusqu'à fin décembre. Je me sens petite ici, et m'émerveille à chaque coin de rue. L'horizon me manque, mais la diversité des gens, leur apparence affable m'attirent. J'y connais pour la première fois un sentiment de solitude, un creux dans le ventre que je n'avais pas expérimenté jusqu'à présent, mais suis aussi très enthousiaste par mon nouveau job.

Je n'ai plus ma liberté que j'avais sur l'île, ni le contact constant avec la nature, mais ici aussi je trouve mes bouffées d'oxygène. Je me demande aussi jusqu'à quel point je suis libre sur mon île, me bâtissant moi-même parfois mes propres remparts.

J'ai l'impression, sans savoir exactement pourquoi, que je vais rester plus longtemps que prévu ici. Je ne sais plus trop vers où je me dirige, mais je vais laisser le temps agir.